Soazic Guezennec est une artiste française née en 1971.
En 2002, elle parcourt l'Afrique du nord au sud, traversant 13 pays. Pendant un an, elle plante sa tente dans des étendues vierges, isolées du monde, et apprend à vivre de la Nature.
Le retour à la vie urbaine la plonge dans une forêt de béton et fait naître en elle le sentiment d'un clivage de plus en plus marqué entre la ville et la Nature. Elle constate que l'absence d'horizon naturel balaie progressivement le rêve du regard du citadin. A partir de cet instant, elle décide de faire du manque de nature son thème de prédilection.
Pour rendre la ville supportable, elle réintroduit la Nature là où elle est mise en péril et commence à fusionner les images tirées de ses expériences passées et les paysages urbains de son quotidien. Il en résulte un monde hybride, une zone de cohabitation improbable entre la ville et la Nature, où les tours émergent de la canopée et les immeubles se reflètent dans les étangs. Plus ses souvenirs s'estompent, plus la nature fantasmée devient envahissante et prend le pas sur la ville.
Comme si en superposant les deux réalités séparées, elle parvenait à en estomper les frontières.

Dans le travail de Soazic Guezennec, la peinture est au service du rêve, alors que les autres médias décrivent la réalité froide. La photographie témoigne du désenchantement en capturant des symboles de l'excès d'urbanisme : échangeur, carrefour, tour d'habitation collective. La peinture intervient comme une tentative de ré-enchantement, et recouvre d'un voile poétique une réalité dénuée de magie. L'utilisation simultanée des différents médias lui permet de mettre en tension la réalité et l'univers onirique. Il en émerge une oeuvre polymorphe, composée de peintures, de photographies peintes, de peintures numériques, d'installations et de peintures/installations.

Ce "mariage contre-nature" est chargé à la fois de mélancolie et d'ironie.
Les peintures, comme les installations offrent un abord romantique, description idéalisée d'une Nature magnifiée où la trace de l'homme devient anecdotique. La forêt est luxuriante, sauvage, les paysages idylliques. Un haricot magique transforme les immeubles en totems de verdure, des carrefours inondés deviennent le terrain de jeux des canards, autant de visions ludiques ou poétiques du monde.
Mais à cette première lecture succède un certain malaise : on se rend compte que les projets d'embellissement sont condamnés à rester au stade de projets, que les paysages naturels, peints en monochromes, sont en réalité amputés de leur essence première, que la tente dentelée marque le deuil du nomadisme et de la vie dans la Nature.
Ainsi l'oeuvre de Soazic Guezennec, loin de représenter naïvement un monde idéal, part au contraire du constat d'une perte, d'un manque, pour proposer paradoxalement la possibilité d'un réenchantement.

En jouant de cette ambiguité, l'artiste manipule le spectateur, le force à s'interroger son rapport à la Nature. En utilisant les techniques de la communication de masse, elle prend en otage le spectateur et transforme ce qui pourrait n'être que la description d'un monde idéalisé en acte militant. Ses interventions en milieu urbain marquent particulièrement cet engagement social. Offertes au regard des passants, ses oeuvres interpellent, et tirent un signal d'alarme face aux dangers qui menacent notre environnement.

Solen du Helles